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Accueil du site > 6. Démocratie et Société > La réalité des Roms des pays de l’Est en métropole
La réalité des Roms des pays de l’Est en métropolemercredi 15 avril 2009 Ce texte est le socle de l’intervention de Malik Ifri lors du débat public du 14 avril 2009, en présence d’Hélène Flautre dans le cadre de la campagne européenne d’Europe Ecologie. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Partis d’Inde au XIème siècle, les Roms n’ont plus cessé de se déplacer pour cause de guerre et de remaniements de territoires. Très vite ils attirent méfiance et suspicion et se voient rejetés des pays dans lesquels ils tentent de s’installer. Des estimations laissent à penser qu’il y a approximativement 8 à 10 millions de Roms dans le monde. Entre 7 et 10 millions vivent en Europe. Les plus grandes concentrations de Roms se trouvent dans les Balkans, en Europe Centrale et de l’Est, aux Etats-Unis, et en Amérique du Sud. Les pays où les populations rom dépassent le demi-million sont la Roumanie, la Bulgarie, les pays de l’ex-Yougoslavie, l’Espagne, les Etats-Unis, la Hongrie, la Turquie, le Brésil et l’Argentine. Les Roms sont nombreux aussi en République tchèque et en Slovaquie. On entend par Roms migrants en France les personnes vivant sur le territoire national et se reconnaissant comme Roms. Les Roms qui vivent en France viennent essentiellement des pays d’Europe centrale et orientale (PECO). Les plus nombreux viennent de Roumanie et ensuite de Bulgarie Ces derniers sont estimés au total à une dizaine de milliers de personnes présentes de façon à peu près constante sur l’ensemble du territoire national. Depuis l’adhésion des pays d’Europe de l’Est à l’Union Européenne, ils ont théoriquement le droit de circuler librement en France. C’est cette double conjoncture (rejet dans leur pays et adhésion de leur pays à l’Europe) qui motive leur départ pour les pays de l’espace Schengen, dont la France. Dans les faits leur intégration est extrêmement compliquée : ils sont en France des citoyens Européens de seconde zone. Politique de migration, frilosités politiques, précarité, modes de vie différents rendent extrêmement difficile la vie des Roms en territoire français. Une intégration européenne limitée et contrainte. En France, contrairement aux ressortissants de l’Union Européenne, les Roms migrants voient leur liberté de circulation et de séjour encadrée. Invoquant une période de transition, la France ne leur accorde que partiellement les droits reconnus aux autres citoyens européens.
C’est ainsi que pour la notion de libre circulation, deux cas de figures sont possibles en fonction de la durée du séjour en France.
Concernant l’emploi, ici aussi, la France pose des limites restrictives : seuls 150 emplois dits « en tension » leurs sont accessibles. De plus, à l’inverse des autres membres de l’Union Européenne, et comme les citoyens hors UE, ils doivent obtenir une autorisation préalable de travail. Par ailleurs, l’employeur doit s’acquitter d’une redevance de 893 euros à l’Anaem. Enfin, les procédures d’instruction des demandes prennent souvent plus de 3 mois. On constate bien que dans ces conditions, rien n’est fait pour permettre l’intégration par le travail. Quant à la possibilité d’une inscription à l’Anpe, celle-ci est conditionnée par la possession d’un titre de séjour... c’est le serpent qui se mord la queue ! De fait, ces contraintes quasi-insurmontables les placent de fait en situation irrégulière. En 2006 et 2007, sur les 24000 reconduites à la frontière, 6000 concernaient des Roms. Pour certains, cette reconduite s’accompagne d’une aide au retour volontaire (300 euros par adulte, 100 euros par enfant). Cependant, parce bien souvent ce départ est contraint et que les conditions d’intégration dans leur pays ne leur sont toujours pas favorables, les personnes reviennent au bout de quelques mois, leur statut de citoyen européen leur permettant de librement. Il faut se rendre à l’évidence qu’initiées, dans ces conditions, sans accompagnement préalable et sans suivi personnalisé, ces mesures de reconduite à la frontière ne servent qu’à faire du chiffre. C’est un comble : il y a davantage de reconduite à la frontière de citoyens roumains et bulgares depuis qu’ils sont citoyens européens ! La situation des Roms migrants en métropole. Ils sont entre 1000 et 1300, et vivent principalement sur les grandes villes de la métropole : Lille (Porte de Valenciennes, Porte d’Arras), Lomme, Saint-André, Wambrechies et Roubaix. Les terrains qu’ils occupent sont souvent situés le long des voies ferrées ou en bordure de route, ce qui laisse présager la dangerosité de ces localisations, notamment pour les jeunes enfants. Pour la plupart, leurs caravanes sont détériorées. D’autres sont hébergés dans des abris de fortune (type cabane). Ils sont souvent deux générations à habiter le même lieu. Ces familles vivent une situation d’extrême précarité, elles n’ont accès ni à l’eau ni à l’électricité. Les conditions d’hygiène sont limitées voir absentes. La santé des familles est fragilisée voir aggravée par les conditions de vie, notamment les femmes enceintes, les enfants, ainsi que les personnes âgées. Concernant l’accès à la santé, les familles n’ont pas de système d’assurance : seuls les enfants sont « relativement » protégés et soignés par l’Ame. L’accès à la scolarisation est également faible : seul un tiers des enfants en âge d’être scolarisés le sont réellement. J’ai évoqué tout à l’heure l’aide au départ volontaire : en métropole, pour la seule année 2008, celle-ci a concerné 200 personnes, et il y a quelques jours, ce sont 120 personnes qui acceptaient ces mesures après avoir été expulsées de Lille (Porte de Valenciennes) à Lomme. En amont, cet hiver, Martine Aubry (Présidente de LMCU) avait interpellé les 87 Maires de la communauté urbaine pour qu’ils accueillent chacun d’entre eux deux à trois familles sur leur commune dans un hébergement en mobilhome, celui-ci, ainsi que le coût des fluides (eau, électricité) étant financé par l’Etat (pou un budget d’environ 700000 euros), le secteur associatif s’occupant de l’accompagnement et de l’insertion sociale et professionnelle des familles. A ce jour seules les villes de Lille, Halluin, Faches-Thumesnil ont accueilli ces mobilhomes, pour une quinzaine de familles au total. Les villes de Villeneuve d’Ascq, Roubaix et Tourcoing ont fait des propositions en cours d’étude. Il est à noter que l’Etat s’est déjà désengagé d’un dispositif qui semblait pourtant pertinent puisqu’il a fait savoir il y a quelques semaines qu’il n’avait plus les crédits pour financer les mobilhomes et prendre en charge les fluides. Les Roms migrants de Roumanie et de Bulgarie sont, on l’a vu, dans une situation dramatique et inacceptable. En conclusion, j’insisterai sur le fait que le double levier : accueil et intégration en France d’une part et intégration dans le pays d’origine d’autre part, doit passer par une politique et des directives européennes fortes, facilitant une vraie liberté de circulation et de séjour à l’intérieur des pays membres de l’Union Européenne tout en exerçant en parallèle une pression envers les pays d’origine de ces populations visant à faire cesser les discriminations, et rendant ainsi possible et favorables les retours volontaires. Répondre à cet article |
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